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Le Schindler de Berlin – Otto Weidt

Le Schindler de Berlin – Otto Weidt

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Le Schindler de Berlin – l'histoire d'Otto Weidt, un juste parmi les nations, qui sauva des Juifs berlinois est à découvrir dans les lieux originaux.

Le film de Steven Spielberg, La liste de Schindler, a popularisé les tentatives de sauvetage de Juifs pendant la Shoah. Nous voulons vous parler ici d’un exemple berlinois et vous raconter l’histoire du Schindler de Berlin : Otto Weidt.

Otto Weidt a caché plusieurs personnes à Berlin et aidé des Juifs courageux dans leurs tentatives d’échapper aux déportations. Dans son atelier, une fabrique où des aveugles produisaient des brosses et des balais, il employait des Juifs aveugles et sourds comme travailleurs forcés pour le compte de la Wehrmacht – l’armée allemande.

Otto Weidt put protéger ses travailleurs des déportations pendant un certain temps en soudoyant les fonctionnaires de la Gestapo. Plus tard, il soutiendra et cachera des Juifs clandestins à Berlin.

Otto Weidt – Photo Gedenkstaette Deutscher Widerstand

OTTO WEIDT ET OSKAR SCHINDLER : DES HÉROS SILENCIEUX

Schindler et Weidt furent deux Allemands qui travaillèrent à la production militaire des nazis et qui firent le choix de risquer leur vie pour sauver leurs travailleurs forcés juifs. Ils portent le titre de « justes parmi les nations », donnés aux non-Juifs qui sauvèrent des Juifs de la Shoah.

L’Allemagne d’aujourd’hui honore ces personnes en les nommant Stille Heldendes Héros Silencieux. On compte à ce jour plus de 600 « Justes » allemands. Sept personnes au moins doivent leur survie à Otto Weidt, qui, malgré le fait qu’il fut aveugle, dénoncé, ira jusqu’à Auschwitz pour essayer de sauver ses protégés.

Lorsque nous abordons la thématique de la période nazie au cours de nos visites guidées de Berlin en français, nous vous emmenons voir cette exposition afin de vous parler de cet exemple de courage. En retraçant la vie de ces berlinois, nous pouvons mettre des visages et des biographies pour illustrer concrètement le quotidien de la période nazie.

Je travaille comme guide-conférencière pour le service pédagogique de la Fabrique d’Otto Weidt et ce lieu et cette histoire extraordinaire me tiennent particulièrement à cœur. Travailler dans un lieu historique original avec des visiteurs est une expérience très forte pour laquelle je suis reconnaissante.

UN JUSTE À BERLIN – OTTO WEIDT

Otto Weidt vient d’une famille modeste, n’a pas eu accès à une éducation secondaire et fréquenta les milieux anarchistes avant la Première Guerre Mondiale. Il perdra la vue progressivement et fonda sa fabrique pour d’autres aveugles en 1936. Rapidement, il va aider ses travailleurs forcés juifs en leur procurant de la nourriture sur le marché noir et des vêtements.

Il soudoiera la Gestapo, en charge à Berlin de la surveillance des travailleurs juifs, afin de faire retirer des listes de déportation ses employés. Lorsqu’il se rend compte que la déportation de tous les Juifs berlinois devient inévitable, il organisera des cachettes pour ceux qui ne veulent pas quitter Berlin.

Cette fabrique, située dans le Quartier Juif de Berlin, a été en partie conservée dans son état d’origine et peut être visitée. L’exposition brosse un tableau vivant d’une situation de vie qui est constamment menacée par la persécution et la déportation et dresse le portrait des travailleurs forcés.

UNE FAMILLE JUIVE CACHÉE DANS LA FABRIQUE D’OTTO WEIDT

Otto Weidt va organiser plusieurs cachettes à Berlin. Alice Licht, sa jeune secrétaire, et ses parents seront cachés dans un entrepôt à Kreuzberg et la famille Horn trouvera refuge dans la dernière pièce de la fabrique.

Avec quelques amis, il s’occupera de l’approvisionnement et des soins médicaux des Juifs clandestins. À cette époque, Berlin subit des bombardements et la nourriture est rationnée. Il lui faut donc du soutien de plusieurs personnes dans une situation difficile pour toute la population civile.

La famille Horn, un couple avec deux adolescents, vivra dans des conditions terribles pendant plusieurs mois dans la fabrique, dans une pièce sans fenêtre, dont la porte était cachée par une armoire, avant d’être dénoncée par une personne qui reconnaîtra le père de la famille Horn en octobre 1943.

Cette dénonciation aura comme conséquence la capture de la famille Horn, la découverte des autres cachettes et Otto Weidt sera arrêté par la Gestapo. Le traître, dont le nom est connu, quittera Berlin à la fin de la guerre et ne sera jamais retrouvé, malgré les recherches acharnées de survivants.

LE SCHINDLER DE BERLIN POURSUIT SON AIDE AUX JUIFS MENACÉS

Otto Weidt sera relâché par la Gestapo le jour même, probablement parce qu’il avait des preuves de leur corruption. La famille Horn ne pourra être sauvée et sera déportée à Auschwitz quelques jours plus tard. Leur trace se perd là, en novembre 1943, au moment où les chambres à gaz du camp de concentration le plus célèbre tournaient à plein régime. La famille Licht, quant à elle, sera envoyée au ghetto de Theresienstadt – Terezin, en Tchéquie actuelle.

Otto Weidt pourra envoyer des paquets alimentaires à Alice Licht et ses parents pendant plusieurs mois. Dans l’exposition à Berlin que vous pourrez visiter, nous pouvons voir quelques cartes postales envoyées depuis le ghetto à Otto Weidt pour le remercier.

En effet, grâce à la Croix Rouge Internationale, Theresienstadt était le seul ghetto où des contacts avec l’extérieur étaient possibles. Les cartes, pré-imprimées, étaient censurées et servaient la propagande nazie pour cacher la vérité des conditions de vie des Juifs déportés. Nous pouvons ainsi documenter le temps passé par la famille Licht et d’autres Juifs berlinois dans le ghetto. Otto Weidt a envoyé plus de 100 paquets alimentaires aux détenus de Theresienstadt.

En mai 1944 arrivera une carte postale écrite par Alice Licht à la fabrique d’Otto Weidt. Alice l’a jetée du train qui l’emmenait, elle et ses parents, à Auschwitz-Birkenau. Le texte, dont les termes sont couverts pour échapper à la censure, est un message d’adieu à son protecteur.

Otto Weidt partira à Auschwitz pour essayer de retrouver la famille Licht. Pour les parents d’Alice, déjà âgés, son intervention arrive trop tard. Alice n’est plus à Auschwitz, elle a été transférée dans le camp de travail de Gross-Rosen.

Il atteindra les portes de ce camp et pourra aider Alice en lui faisant parvenir de quoi manger. En février 1945, lorsque le camp est évacué, Alice parviendra à s’enfuir et à retourner à Berlin.

Grâce à l’aide d’Otto Weidt, Alice survivra et vivra la fin de la guerre cachée par Otto Weidt et sa femme Else à Berlin.

OTTO WEIDT, LE SCHINDLER DE BERLIN ET LA DÉCOUVERTE DE SON HISTOIRE

Otto Weidt décèdera peu après la fin de la guerre, en 1947, et son histoire tomba dans l’oubli. C’est grâce à une autre survivante, Inge Deutschkron, et à des étudiants berlinois, que nous connaissons cette histoire et qu’Otto Weidt a été reconnu comme juste parmi les nations.

Inge Deutschkron est âgée de 21 ans lorsqu’elle décide avec sa mère Ella de se cacher chez des amis. Elle travaillait pour Otto Weidt, qui va leur procurer une nouvelle identité avec de faux papiers. Inge et sa mère seront cachées par plusieurs Berlinois jusqu’à la fin de la guerre. Elle deviendra journaliste et collectera les preuves de l’aide d’Otto Weidt, de sa femme et de ses amis afin de les faire reconnaître. Elle écrira son autobiographie « J’ai porté l’étoile jaune » et s’engagera comme témoin dans le travail de mémoire.

En 1999, par hasard, des étudiants en muséographie découvrent que les pièces de l’ancienne fabrique d’Otto Weidt sont vides et y organisent une exposition qu’ils appelèrent Blindes Vertrauen – Confiance Aveugle. En 2004, il sera possible d’acheter le bâtiment et de pérenniser cette exposition dans les lieux originaux sous la direction de la Fondation pour la Résistance Allemande – Stiftung Gedenkstätte Deutscher Widerstand.

Inge Deutschrkon vit à nouveau à Berlin, aujourd’hui retirée de la vie publique. J’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises l’un des derniers témoins de cette histoire de la vie juive sous le nazisme à Berlin.

POUR EXPLORER LA QUESTION DES JUIFS À BERLIN

– La Topographie de la Terreur : une exposition gratuite placée à l’endroit où se trouvaient les sièges de la Gestapo et des SS.

Le Mémorial des Juifs assassinés d’Europe: l’exposition gratuite au sous-sol retrace la Shoah.

– Le Mémorial de la Résistance allemande : ce mémorial se trouve également près de notre point de rencontre sur la Potsdamer Platz n.10 et traite des citoyens allemands qui se sont opposés au régime nazi.

– Le Musée Juif de Berlin à Kreuzberg : retrace l’histoire des Juifs allemands à travers les siècles.

– La Nouvelle Synagogue dans l’Oranienburgerstrasse : elle peut être visitée et il y a une exposition sur le quartier juif de Berlin.

– Avec un guide francophone et notre visite guidée de BERLIN SOUS LE NAZISME ou notre visite guidée privée de Berlin du QUARTIER JUIF.

QUE VOIR AUX ENVIRONS DE LA FABRIQUE D’OTTO WEIDT

La fabrique est dans le quartier Juif de Berlin, où de nombreux mémoriaux ont été installés ces dernières années, tout près de l’Île des Musées et d’Alexanderplatz. Ce quartier regorge aussi de boutiques et de petits restaurants dans un cadre historique.

COMMENT VISITER LA FABRIQUE D’OTTO WEIDT

La fabrique est située au premier étage de la cour intérieure de la Rosenthaler Strasse 39. L’exposition est ouverte tous les jours de 10 à 20 heures et la visite est gratuite.

En métro : ligne U8 station Weinmeisterstrasse

En S-Bahn : station S-Hackescher Markt

À pied : depuis l’Île des Musées ou Alexanderplatz.

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